Le corps a ses raisons – 1ère partie

Souvent j’entends de la part de mes patients, surtout ceux qui ont déjà pratiqué d’autres thérapies auparavant et qui ont une longue pratique du travail intérieur : « Mais comment se fait-il que je sois encore empêtré dans ces histoires alors que sincèrement je pense avoir bien compris ce qui se joue ? »

Voilà une question extrêmement intéressante. En thérapie psycho-corporelle, la compréhension a peu de place dans le processus de guérison, ce qui compte c’est l’intégration, c’est-à-dire la réappropriation par le corps des informations qui n’ont pas pu trouver leur traitement adéquat et sont restées non-résolues.

Avant de répondre, prenons le temps de bien percevoir les grands schémas qui sous-tendent ces fonctionnements, pour bien percevoir à quel point ce qui nous agit n’a pas grand-chose à voir avec la compréhension intellectuelle. Je te préviens ami lecteur, on va partir de la base la plus archaïque de la vie.

Le corps cherche en permanence à maintenir un équilibre entre sa pression interne et la pression extérieure. Ce principe extrêmement archaïque, cellulaire même, est à la base de tous les fonctionnements observés en psychologie corporelle. C’est ce qu’on appelle dans le petit monde de la thérapie psycho-corporelle le « principe hydraulique ». Cela n’explique pas tout, mais le principe est suffisamment simple et visuel pour constituer une bonne base de départ.

Quand le corps cherche une solution, il ne réfléchit pas, ne se projette pas dans l’avenir, ne pèse pas le pour et le contre, n’évalue pas le rapport dépense d’énergie/bénéfice final. Il cherche la réponse immédiate la plus simple pour rétablir l’équilibre entre pression interne et externe. Pour simplifier, disons que la pression externe se manifeste comme une résistance à l’expansion ou comme une agression.

Pour bien illustrer le principe, plaçons-nous au-dessus d’un microscope et observons un être unicellulaire, une amibe (je demande pardon par avance aux spécialistes des amibes, je prends cet exemple pour illustrer mon propos, au risque de grosses bêtises par excès de simplification). L’amibe s’étend à la recherche de nutriments, et plus elle rencontre un environnement favorable, plus elle s’expand. Lorsque qu’elle rencontre une résistance, si la différence entre pression interne et externe est légère, la cellule va « pousser » un peu plus, et si ça ne suffit pas elle va chercher un autre chemin.

Si l’agression externe est plus brutale, la cellule va se rétracter et évacuer l’excès de pression grâce à la perméabilité de sa membrane. Ce faisant, elle va s’éloigner de la source de l’agression. Voilà donc une réaction immédiate et très efficace. Après coup la cellule pourra retrouver son expansion naturelle. Néanmoins si la situation persiste et qu’il n’y a pas possibilité de réguler rapidement la pression, le métabolisme de la cellule en sera affecté. La cellule va perdre de sa mobilité, comme si sa membrane se fermait ou s’épaississait pour résister mieux. S’envelopper d’une cuirasse de protection est la solution la plus simple lorsque l’évitement n’est pas possible, quand bien même la constitution de cette cuirasse diminue l’efficacité globale du métabolisme de la cellule.

Enfin, si l’agression est vraiment trop forte, la cellule explose car elle n’est pas en mesure de compenser une trop soudaine modification de pression.

Tu vois bien ami lecteur que la solution trouvée par l’amibe n’est pas optimale, mais suffisante pour permettre à l’espèce de perdurer. Il engendre un autre problème de taille en cas de situation chronique : en raison de la diminution de la perméabilité de la membrane, l’excès de déséquilibre interne ne peut plus se réguler.

On retrouve à différents degrés d’expression ces mécanismes de défense dans tout le règne animal, y compris chez l’être humain. Bien entendu, la manifestation en est plus complexe, mais on peut faire très facilement le rapprochement.

Lorsque l’agression survient, le corps évalue très rapidement, instinctivement, ses chances de s’en sortir. Le réflexe de sursaut met le corps en tension, prêt à réagir très rapidement.

Si le rapport de force est équilibré, la réaction la plus économe et la plus simple consiste à contre-attaquer afin de faire disparaître la menace et maintenir son intégrité.

Si le danger est plus important, la fuite sera la réaction la plus adaptée. Elle demande plus d’énergie mais les chances de survie sont supérieures.

Lorsque la menace devient telle qu’aucune réaction active n’est envisageable, restent les solutions passives. Ainsi l’on se retrouve paralysé de peur devant un grand danger. Il est étrange que cette réaction puisse être une réponse au danger, pourtant le fait que l’évolution l’ait retenue prouve qu’elle a une certaine efficacité. Sans doute l’immobilité dans le règne animal a permis de ne pas se faire repérer par un prédateur. Malheureusement c’est encore cette option qui est retenue par le lapin face à une voiture qui arrive à grande vitesse…

En dernier recours, lorsque la tension est trop forte et que la fin paraît inéluctable, il ne reste qu’à disparaître. En général il s’agit d’un simple évanouissement. Si la fin n’arrive pas immédiatement toutefois, cela peut prendre d’autres formes (se laisser mourir en cessant de s’alimenter par exemple).

Tous ces mécanismes de défense face à l’environnement sont efficaces, y compris pour l’être humain. Mais ils ont, tout comme pour l’amibe, une limite, c’est que l’agression doit être temporaire pour permettre de réguler le déséquilibre de pression engendrée. Le stress doit être suivi d’une phase de régulation pour permettre à l’organisme de retrouver son état initial. Quand l’agression devient chronique, la constitution d’une cuirasse (absolument nécessaire à la survie) empêche la régulation.

Voilà ami lecteur un point très important : en dehors de chocs très importants (nous aborderons ce point plus tard), c’est bien la durée de l’exposition à l’agression qui engendre la pathologie, plus que l’intensité.

Mais arrêtons là la comparaison avec l’amibe. L’être humain, dans sa grande complexité, a ses propres trucs pour continuer à survivre. Il va modifier son fonctionnement pour « faire avec », à défaut de pouvoir équilibrer simplement, en conservant le principe de moindre consommation d’énergie pour maintenir l’équilibre.

A suivre…

 

Cette page vous a intéressé ? Partagez !

3 Commentaires

  1. En lisant l’article j’ai l’image d’un arbre qui va pousser tout tordu face aux contraintes physiques/climatiques, je ne sais pas si c’est pertinent…

    • On peut y voir une analogie, bien que sur l’arbre les possibilités d’adaptation et de résilience sont beaucoup plus limitées. Mais la comparaison est belle dans le sens où l’être humain comme l’arbre sont capables d’adaptations incroyables pour se maintenir en vie dans les conditions les plus extrêmes. Et il est vrai que certains être humains ressemblent parfois à des bonsaïs tant ils ont été modelés et réprimés par leur environnement…

  2. Retour PingLe corps a ses raisons – 2ème partie – Christophe Obraczka – Psychologie biodynamique à Grenoble – Thérapie psycho-corporelle – Psychothérapie

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *